En 2019 débutait une drôle d’aventure pour moi. J’étais à l’époque bêta-lectrice professionnelle et entre BL, nous faisions parfois quelques défis d’écriture (si les copines passent par ici, vous vous souviendrez sûrement des mots cocasses imposés !)
Ces petits défis d’écriture ont vu naître ceux qui allaient devenir mes protagonistes. Ils sont nés entre les lignes d’un défi de trois milles mots, sur le thème du combat. J’avais décidé de prendre le thème au sens large, et j’en ai écrit une joute verbale inoubliable. Je ne les connaissais pas encore, mais ils sont devenus ma plus longue histoire… littéralement.
Car j’ai mis sept ans pour finir d’écrire le premier tome de la leur.
Le choix d’écrire
À cette époque, deux recueils en prose sommeillent dans mon ordinateur, des nouvelles tragiques ainsi que quelques bribes d’histoires que je poursuis entre deux crises égotiques et de paranoïa.
L’idée de me lancer dans cette nouvelle aventure me laisse une impression ambivalente. Impatience et retenue. J’ai des idées plein la tête, du temps à y consacrer mais un immense doute persiste : suis-je capable d’aller au bout d’un manuscrit ? Qui raconte une vraie histoire ? Qui fait évoluer des personnages ? Et qui je suis, moi, d’abord, pour écrire ?
Sauf que c’était mal connaître mes protagonistes que de penser qu’ils allaient retourner dans l’ombre. Et c’était me connaître bien moins encore que d’imaginer que j’allais céder un tel défi au silence.
La schizophrénie de l’écriture
Ils étaient des ombres qui planaient sur la personne incertaine que j’étais. 21 ans, à l’aube d’un Covid dont on ignorait les conséquences pour le monde entier, et ces deux voix qui m’ordonnaient de les écrire. Ils me juraient qu’ils avaient leur place dans le monde littéraire et plus encore, assez de retors et de plans pour pouvoir alimenter un livre entier.
Ou deux.
Mais je fonctionne à l’intuition. Et l’autrice en moi n’était pas encore née. Elle avait peur de ne pas aller au bout, et pire encore, elle avait peur d’y arriver. Que se passerait-il si, en écrivant, je me rendais compte que j’étais nulle ? Alors qu’en parallèle, j’ambitionnais d’ouvrir Atramentopia ?
Ça aurait fait de moi une menteuse et une professionnelle illégitime.
Je ne pouvais pas prendre le risque de voir tout s’écrouler.
Alors je pris celui de tout accomplir, et de réussir.
Quelques mois plus tard, je posais les premiers mots.
Les premiers mots d’un manuscrit
Chaque auteur-ice sait combien les premiers mots d’un manuscrit sont fragiles. Voués à disparaître alors qu’ils portent en eux tout le pouvoir de la possibilité, chaque mot est un pari risqué. Écrire une phrase, un livre ; peut-être le premier d’une longue liste.
Les ambitions se bousculent aux émotions, et toujours, l’intention d’écrire nous guide vers des sentiers inexplorés. Les premiers mots d’un manuscrit vont bien au-delà de l’incipit ou de ce que l’on veut alpaguer les lecteur-ices.
Il s’agit avant tout d’aller déterrer en soi ce qui supplie de sortir. Il est temps d’écrire, parce que l’écriture n’est plus un choix, mais un besoin.
Les combats invisibles de l’écrivain
Dans cette épopée scripturale, les obstacles ont été nombreux. J’ai dû écrire trois chapitres avant de me rendre compte du nombre de lacunes que je possédais. L’univers ? Recherches à faire. Le plus petit détail d’une pièce ? Faisons d’abord une vérification. Les tenues qu’ils portaient à l’époque ? Voyons voir, juste pour être sûre…
Mon ambition se heurtait à mon ignorance et c’était une pilule désagréable à avaler. L’écriture était ralentie par des heures de recherches, d’apprentissages et d’éléments qu’il me restait à découvrir.
Le premier jet a été écrit sur six années. Certaines années, je n’ai pu écrire que deux chapitres, lorsque l’inspiration s’y prêtait et que mes personnages ne m’en voulaient plus trop de les abandonner chaque fois. À ces périodes de disette créative survenaient des moments où elle était ma seule guide : gloire à ce samedi où j’ai pu écrire six chapitres sur une douzaine d’heures, à en oublier de me nourrir.
La dernière année fut consacrée à la réécriture, et là aussi, il y a eu des surprises. Des temporalités approximatives, de nombreux calculs pour les régler (ce qui m’a confirmé un niveau inquiétant en mathématiques), des incohérences narratives, et surtout, des scènes qu’il a fallu remanier parce que les PDV se chevauchaient – comme quoi, personne n’est à l’abri.
Et puis il y avait ce début, qui ne correspondait pas du tout à mes ambitions renouvelées, et surtout, qui était très décalé de la qualité de la fin. Je lisais une main timide, une plume incertaine, alors que cette histoire exigeait du grandiose et de l’assurance. En six ans, tout avait évolué : mes mots, mon recul, mes idées, et même mes personnages.
Mais surtout, moi. Cet autre détail, bien plus insidieux, que je n’ai pu nommer qu’une fois ce manuscrit achevé, c’était bel et bien moi. Car en sept ans de vie, j’avais déménagé quatre fois, fait des rencontres, prononcé des adieux, pleuré mon chien, embrassé ma solitude, rencontré l’héritière, ri, plus fort, et vécu encore.
Alors, en posant le point final…
Les derniers mots de mon manuscrit
Une sensation curieuse m’a serré le cœur. Ce manuscrit de presque 400 pages a un jour été un défi d’écriture de 3 pages. Ce qui est né de ce défi, c’est un défi plus grand encore : celui de me lancer, et d’aller jusqu’au bout.
Pour raconter des histoires, il faut y croire soi-même. Et croire en moi est la chose la plus révoltante et brave que j’ai pu faire. Si je voulais encore me cacher, je dirais que mes personnages m’ont enseigné le courage indocile et une patience délirante.
Aujourd’hui, ce manuscrit est en soumission auprès des maisons d’édition et je sais que je ne suis pas patiente. Je ne me cache plus.
Tout ça c’est grâce à eux.
Tout ça c’est grâce à moi.
Le premier retour sur mon roman
Personne ne l’a lu, sauf ma petite sœur, qui a vaillamment arpenté les quatorze premiers chapitres du premier jet. En janvier 2026, je soumettais la version la plus aboutie et retravaillée à une professionnelle ayant travaillé dans l’édition pour une analyse en bonne et due forme.
C’était l’épreuve du feu à mes yeux. J’allais enfin savoir si ça tenait la route, si c’était assez solide, et je me préparais déjà, mentalement, à devoir replonger dans plusieurs mois de travail.
Mais rien du tout.
Son retour est arrivé, un dossier d’une trentaine de pages qui m’a montré que tout ce que j’avais mis en place fonctionnait. Chaque petit mécanisme narratif, chaque intention que j’avais glissée, chaque détail, indice, plot, tout fonctionnait.
J’étais sous le choc.
Elle avait tout compris, et plus encore, elle a eu un coup de cœur professionnel et personnel. Alors que ce genre de livre ne compte pas parmi ses lectures habituelles. Le vertige de savoir que pour la première fois, mon histoire avait touché quelqu’un d’autre que moi était intense et mémorable.
Pourquoi j’accompagne les auteur-ices
C’est en partie pour cela que je souhaite continuer d’accompagner les auteur-ices. Pour ces moments, ces émotions aléatoires que l’écriture peut nous faire traverser. Car avant toute chose, l’écriture demeure un lieu secret entre une personne et son âme, et cela sera toujours honoré chez Atramentopia.
Que ce soit à travers l’analyse de manuscrit, la correction éditoriale ou l’accompagnement aux soumissions éditoriales, vous trouverez toujours le service dont vous avez besoin chez Atra.
Alors si vous avez un projet, une idée, une ambition ou un manuscrit : contactez-moi.
Il y aura toujours une place pour l’écriture chez Atra.
Les mots de la fin
Il m’a fallu sept ans pour terminer mon manuscrit car sans ce pacte avec le temps, jamais je n’aurais pu transcender mes ambitions initiales pour atteindre le grandiose.
Et puisque j’y consacre aujourd’hui mes mots pour vous en parler, en voici un extrait inédit :
« Saint-Pétersbourg n’avait pas sourcillé. Moscou enviait la grande sainte sans pouvoir l’égaler. Les richesses étaient lourdes ici, pourtant les mentalités restaient figées à un autre temps ; il limitait les ambitions et avortait les endurances les plus solides. En vivant à Moscou, il n’y avait aucune échappatoire à la condition humaine ni tous les vices qu’elle arborait sans honte.
La Grande Pétersbourg offrait au moins une retenue qui autorisait les secondes chances. »

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