Ce que votre blocage d’écriture essaie de vous dire

Vouloir effacer le blocage d’écriture équivaut à vous tirer une balle dans le texte. Je sais combien ces blocages sont frustrants lors de l’écriture. Ces terribles, fichus, imprévisibles blocages…

Ce moment redouté où le texte devient plus éprouvant à écrire. Les idées paraissent moins accessibles, moins instinctives. La motivation fluctue ou disparaît. Et parfois, les mots les plus simples sont eux-mêmes difficiles à poser.

Lors de mes accompagnements d’auteur-es, ces blocages d’écriture reviennent et sont souvent le reflet d’un blocage au sein de votre récit.

Et si je vous disais que le blocage d’écriture était non seulement un allié de votre manuscrit, mais aussi un allié pour votre position d’auteur-e ?

Le blocage d’écriture comme symptôme du récit

Avant toute chose, rappelons-nous que l’écriture est une maîtresse exigeante. Dans le flux dont l’inspiration nous gracie, la constance est un ennemi. Il y a des hauts, des bas, des cercles et des longues lignes enflammées. Le blocage d’écriture ne remet en cause ni votre inclinaison pour l’écriture, ni la qualité de ce que vous imaginez ou écrivez.

Un blocage agit plutôt comme un symptôme narratif au sein de votre récit – et plus exactement dans les méandres qui en façonnent la structure.

Derrière chaque blocage, il existe une cause. Une tension interne, un déséquilibre narratif, une émotion non résolue dans l’écriture ou encore une difficulté à comprendre la trajectoire réelle du récit…

Il n’est d’ailleurs pas rare qu’un auteur bloque sur un chapitre entier alors que le problème se situe plusieurs scènes en amont. Un protagoniste sans objectif clair, un conflit qui s’essouffle ou un enjeu devenu trop faible peuvent rendre l’écriture difficile sans que l’auteur-e identifie la source du blocage.

Les formes les plus fréquentes apparaissent sous différents visages.

  • un sentiment d’illégitimité qui bloque la production du texte ;
  • une page blanche qui survient lorsque l’objectif du protagoniste devient flou ou cesse de générer du conflit ;
  • un doute persistant sur la suite du récit lorsqu’aucune conséquence claire n’est attachée aux choix des personnages ;
  • une difficulté à écrire une scène parce qu’elle ne produit aucun changement narratif réel.
  • Un manque de dynamique narrative : lorsqu’un protagoniste poursuit un objectif qui n’est plus relié au conflit principal, le récit perd de sa tension. L’auteur-e ressent alors souvent une difficulté à écrire la scène suivante parce que la dynamique narrative elle-même s’est affaiblie.

Dans l’analyse de manuscrits, ces zones de friction apparaissent très nettement. Un passage moins fluide, une tension qui s’affaisse, une scène qui semble “forcer” l’écriture… tout cela devient lisible lorsqu’on observe le récit avec un regard narratologique.

Ces manifestations indiquent qu’un élément narratif demande à être clarifié, révélé ou retravaillé. Car dans l’écriture comme dans d’autres arts, il y a toujours une part de contrôle (travail de la structure, chronologie, enjeux, conflits, dénouement) et une part de magie (inspiration, créativité, imagination…). Et il existe une zone entre les deux, sur laquelle je viens travailler en accompagnement LUXEN (analyse narratologique), où le lien entre vous et votre œuvre prend place.

C’est dans cette zone unique, intime et illimitée que réside l’âme de votre travail d’écriture. Vous façonnez votre manuscrit, mais croyez-bien que votre manuscrit saura vous parler aussi.

Quand le récit échappe à son auteur-e

Beaucoup d’auteur-es décrivent un moment très particulier dans leur processus d’écriture : celui où les personnages semblent ne plus suivre le plan initial.

Les scènes prévues ne fonctionnent plus. Les dialogues prennent une direction inattendue. L’intrigue semble glisser ailleurs.

Cette sensation peut générer une grande confusion comme une euphorie incroyable. En narratologie, elle révèle un phénomène intéressant : l’expression du récit. Car vous aurez beau avoir tout prévu dans le moindre détail, le récit a besoin, lui aussi, de s’exprimer.

Dans certains cas, le blocage apparaît précisément lorsque l’auteur-e tente de maintenir une structure qui ne correspond plus à la dynamique réelle du manuscrit. Le texte signale alors une résistance, en général contre une direction narrative qui demande à être ajustée.

Dans les analyses de manuscrits, cela survient souvent lorsqu’un personnage a construit au fil des chapitres une logique psychologique plus cohérente que celle prévue dans le plan initial. L’auteur tente alors de le faire agir dans une direction qui ne correspond plus à ses motivations profondes, ce qui crée une résistance à l’écriture.

C’est ici que la narratologie devient un outil extrêmement précieux.

Elle permet d’identifier :

  • pourquoi un chapitre paraît lent malgré plusieurs événements ;
  • pourquoi un protagoniste agit sans objectif suffisamment fort ;
  • pourquoi une scène semble importante à écrire mais n’a finalement aucun impact sur l’intrigue ;
  • pourquoi un antagoniste ne génère plus assez de pression sur le récit ;
  • ou encore pourquoi le conflit principal cesse progressivement de porter l’histoire.

Les blocages d’écriture deviennent des clés de lecture et de compréhension de votre travail si vous avez les bons outils pour les analyser et surtout, si vous restez à l’écoute de votre instinct d’auteur-e.

L’écriture comme espace émotionnel et narratif

Les idées sont un socle important pour se lancer dans l’écriture, mais elles ne suffisent pas à tenir le récit sur son entièreté. Ce dernier se construit aussi avec un état d’esprit, une énergie, une disponibilité émotionnelle et une implication indéfectible.

Chaque auteur-e écrit avec son rapport au monde, à soi, et à son propre récit.

Certain-es avancent avec une grande planification mentale (les architectes) tandis que d’autres écrivent dans l’élan (les jardiniers). Certain-es ont besoin de structure avant de commencer. D’autres découvrent leur histoire en l’écrivant.

Et dans ce processus, l’état émotionnel influence toujours la dynamique du texte.

Je le constate également dans ma propre pratique d’écriture. En tant qu’auteure, malgré les plans, les structures et les intentions claires, les mots les plus justes émergent toujours au moment où mon cerveau se recule pour laisser place à ce flot créatif, grandiose et inexplicable qui me traverse. Ce flux impatient qui doit sortir parce que le cerveau lui-même est trop lent pour décortiquer la magie qui s’opère.

Et je sais combien l’écriture s’inscrit dans une relation vivante entre l’intention, l’émotion et le travail de structure narrative.

De ce triangle méthodique qui ferait rougir les Bermudes, chaque auteur-e en tire son propre équilibre. C’est d’ailleurs la compréhension de cet équilibre qui va vous permettre de débloquer les situations de votre manuscrit qui vous semblaient insurmontables.

Le blocage comme invitation à relire autrement son manuscrit

Un blocage d’écriture invite à changer de perspective.

Dans de nombreux cas, revenir au récit avec un regard plus analytique permet de comprendre ce qui coince réellement.

  • votre protagoniste poursuit-il encore quelque chose qu’il risque réellement de perdre ?
  • le conflit principal est-il toujours actif à cet endroit du récit ?
  • cette scène modifie-t-elle la situation du personnage ou répète-t-elle une information déjà connue ?
  • les choix du personnage produisent-ils encore des conséquences visibles ?

Exemple issu d’un accompagnement LUXEN (avec accord de l’auteure) :

Une auteure était bloquée parce qu’elle ignore la suite de son intrigue. Pourtant, lors de mon analyse, cela a révélé un blocage différent : sa protagoniste avait déjà obtenu ce qu’elle désirait émotionnellement plusieurs chapitres auparavant. Le récit continuait, mais sa tension principale était déjà résolue. Tant que cette incohérence n’était pas identifiée, chaque nouvelle scène devenait plus difficile à écrire.

Ce regard extérieur est souvent difficile à adopter seul-e. Le biais d’auteur-e rend le manuscrit familier, parfois tant que la prise de recul exige une grande extraction de son récit.  Or, le cerveau comble les manques, anticipe les intentions, répare au creux des lignes de votre manuscrit ce qui n’est même pas encore repéré par vos yeux.

C’est précisément pour cela que les blocages d’écriture persistent parfois malgré plusieurs tentatives.

La narratologie permet alors de remettre du relief dans le récit et surtout, de l’appréhender avec un regard neuf et distancié qui permet une approche plus impartiale et juste de son propres travail. Mais cela n’est pas facile à faire, j’en conviens.

Retrouver du mouvement dans son écriture

Vous et moi savons très bien que lorsqu’il s’agit de surmonter un blocage d’écriture, il n’est pas question de motivation. Il s’agit plutôt de comprendre ce que le manuscrit tente de signaler, et donc ce qu’il exprime dans une langue que vous ne comprenez pas (encore).

Dans de nombreux cas, le récit appelle une clarification :

  • des enjeux du récit ;
  • de la tenue de l’intrigue ;
  • des arcs narratifs des personnages ;
  • de la crédibilité du worldbuilding ou du lore ;
  • de la focalisation adoptée ;
  • de la structure narrative de votre manuscrit ;
  • de la chronologie,
  • etc.

Lorsque vous parvenez à préciser les éléments plus fébriles de votre manuscrit, l’écriture retrouve sa fluidité naturelle. Le blocage d’écriture disparaît quand sa cause est comprise et résolue.

Et cette compréhension change profondément la manière d’aborder la réécriture.

LUXEN : débloquer l’écriture par la compréhension du récit

C’est précisément cette lecture psychologique et narratologique du blocage d’écriture que j’utilise dans mes accompagnements. Et c’est pourquoi j’ai voulu le transmettre dans un nouveau support : un fascicule numérique pour aider les auteur-es à devenir autonomes sur leurs manuscrits.

Ce carnet a été pensé pour vous aider à débloquer vos doutes, surmonter vos blocages, prendre votre place d’auteur-e et entamer votre réécriture avec confiance !

À travers des outils narratologiques, des exercices concrets et des pistes d’analyse issues de mes accompagnements, « Maîtriser votre réécriture » vous permet d’explorer votre manuscrit avec une compréhension plus fine de ses mécanismes internes.

Les blocages d’écriture sont vos alliés pour faire évoluer votre récit dans la bonne direction.

Car c’est ici que votre manuscrit trouve sa plus grande force : en vous !


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