Il était une fois, les mots. Il était une fois, l’écriture. Il était une fois… le métier d’écrivain public. Les époques ont vu défiler de nombreux alphabets, de multiples écritures et d’innombrables utilisations des mots. Rapidement, des personnes sont sollicitées afin de remplir diverses tâches d’administration ou de rédaction. Mais à quand remonte le premier écrivain public ? Quelle était sa dénomination ? Au cours de l’histoire, les écrivains public ont vu leur travail évoluer et se modifier pour devenir ce qu’il est aujourd’hui. Après un travail de recherches à faire pâlir Sherlock Holmes, voici les évolutions du métier d’écrivain public au cours de l’Histoire.
Les origines
« Les paroles s’envolent, les écrits restent »
HORACE
Il est possible de remonter la piste des écrivains publics jusqu’à 4000 ans avant notre ère. Bien évidemment, à cette époque, le nom d’écrivain public n’existe pas encore. C’est en Égypte antique que les premiers scribes apparaissent, soit bien avant l’invention de l’écriture sumérienne – qui apparaît vers 3400 avant notre ère.
Les scribes sont alors chargés de l’administration des temples et de la comptabilité des biens. Ce système se poursuit jusqu’à l’Égypte des pharaons. Leur tâche s’étend également au classement ou à répertorier et recopier des documents ou des biens pour le pharaon. En ce temps, ils utilisent des signes hiératiques et cursifs sur des supports comme le papyrus ou des ostraca (morceaux de poterie ou coquilles servant de support graphique). Les scribes représentent ce que l’on nomme aujourd’hui un service de bureaucratie.
L’évolution à travers les siècles
Tout au long des siècles, le métier d’écrivain public a eu plus ou moins de succès. Mais surtout, la profession a su s’adapter aux différentes époques et demandes pour toujours, se construire et perdurer à travers l’Histoire.
Dans la Gaule celtique (à partir de 1200 avant notre ère) :
À cette époque, les écrivains publics sont appelés druides ou bardes. Respectés et reconnus par leurs pairs, ils représentent l’érudition. Souvent, ils possèdent également des connaissances en mathématiques et au niveau de la nature. Leur tâche consiste à répertorier, classer et écrire.
Moyen-Âge :
Les écrivains publics sont moins réglementés. Beaucoup n’ont pas de statut et sont libres de tout contrôle puisqu’ils travaillent directement dans les rues. Ils servent de plus en plus d’interprètes entre les puissants et les administrés qui sont souvent analphabètes. Leur utilité sociale se révèle petit à petit.
XIIIe siècle :
En France, l’explosion des échanges commerciaux, le déploiement des administrations royales et locales ainsi que la multiplication des professions créé un grand besoin pour les écrivains publics. La profession voit la demande provenir de tous les secteurs, et leurs compétences évoluent : l’écrivain public rédige alors des contrats tout autant que des lettres ou des courriers.
À cette époque, l’écrivain public est appelé « écrivain pour le public ».
An 1248 :
Le papier est introduit en Occident par les croisades à cette époque. Il offre un tout nouveau support aux écrivains pour le public. Peu coûteux, il remplit ses fonctions et permet l’évolution de la profession. En 1248, l’on retrouve des registres notariés en papier à Marseille. L’expansion du papier en Occident est étroitement liée à la demande exponentielle d’actes écrits, privés ou publics. La péninsule italienne sera d’ailleurs l’un des principaux fabricants de papier en Occident.
An 1280 :
Cette année-là, personne ne chantait pour la première fois (désolée Claude !). En revanche, Paris compte plus de 60 écrivains pour le public. Ils délivrent des prestations mêlant une approche de psychologue, d’interprète, de conciliateur, de confesseur et évidemment de rédacteurs. La profession possède une nouvelle dimension qui nécessite des qualités humaines d’écoute et d’attention envers le client.
La Renaissance :
La clientèle des écrivains publics évolue et se montre plus exigeante. L’époque est prospère pour la profession, les actes administratifs représentent toujours une forte demande et les actes juridiques commencent également à représenter une demande importante. En parallèle, les « écrivains pour le public » se placent également en faveur de la défense de la langue française, et certains rédigent des pamphlets, devenant de « véritables » auteurs.
Le XVIIe siècle :
De nouveau, c’est une période prospère pour les « écrivains pour le public ». Néanmoins, la clientèle est telle qu’ils sont amenés à parfois rédiger de nouvelles choses : les biographies familiales des familles les plus aisées. Leurs compétences rédactionnelles s’élargissent alors davantage.
C’est également à cette période que les premiers esclaves sont déportés en Occident. Des conditions de leur travail naîtra le terme de « nègre littéraire », mettant ainsi en lumière l’absence de reconnaissance du métier. Plus exactement, il met en lumière le travail effectué pour une personne qui s’en attribue le mérite. De nos jours, ce terme est parfois chuchoté en référence à la nature du métier, mais pour des raisons évidentes, il ne fait plus partie du langage courant. Sont alors préférés les termes de « plume », d’ »écrivain public », voire de ghostwriter (« écrivain fantôme »).
La Révolution :
Cette période est source d’un grand trouble au sein de toutes les classes sociales. La flamme de la profession s’essouffle à ce moment de l’Histoire, flirtant avec une disparition quasiment totale.
Le XIXe siècle :
Grâce à l’organisation de l’administration napoléonienne, la demande ressuscite et la profession d’écrivain public retrouve un nouveau souffle. Cette époque est salutaire et bienvenue. Par ailleurs, si jusqu’alors, les écrivains publics représentaient principalement le lien entre le peuple souvent illettré et les pouvoirs en place – à l’exception de quelques riches familles -, désormais, la demande provient de toutes les classes sociales confondues.
Le XXe siècle :
Un nouvel événement vient bouleverser la pérennité de la profession. En effet, la loi rendant l’école obligatoire jusqu’à 16 ans, passée en 1959, freine les activités de la profession. De plus en plus de personnes deviennent lettrées et la profession d’écrivain public vit un nouveau déclin qui l’emporte vers le silence.
Écrivain public : appellation définitive
C’est en 1835 que le terme « écrivain public » est l’appellation officielle des personnes qui exercent cette profession. Plus encore, est désormais associée une définition claire et précise au métier :
« Personne qui rédige à la demande des textes divers pour des personnes ayant des difficultés à écrire. »
Si dans les faits, la profession englobe désormais bien d’autres services pour x ou y raisons, la tâche principale d’un écrivain public demeure la rédaction. Pour plus d’informations, vous pouvez également aller regarder la liste des services proposés.
Les écrivains publics de nos jours
Depuis quelques années, le métier d’écrivain public revient sur le devant de la scène. Directement influencée par toute son histoire, la profession d’écrivain public n’oublie pas ses racines : la rédaction et l’aide rédactionnelle apportée pour l’administratif.
En parallèle, le métier s’inspire également des différentes époques que les écrivains public ont connues afin d’offrir de nos jours un catalogue de services variés : romans, biographies, mémoires, lettres privées ou publiques… etc.
Enfin, la dernière différence notable de nos jours concernant les écrivains publics est qu’ils ne se limitent plus aux personnes illettrées. Bien entendu, de nombreux ateliers et formations sont mis en place afin d’apporter une aide fiable et bienveillante à ces personnes. Mais avec le temps qui manque de plus en plus, la clientèle des écrivains public est aussi variée, évolutive et unique que le métier en lui-même !

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