Fut un temps où la ponctuation n’existait pas. Les écrits se présentaient sous forme de bloc de mots tous alignés. Les espaces étaient plus rares, les paragraphes, inexistants. De nos jours, et dans les faits, nous connaissons tous l’utilisation de la virgule ou des points de suspension… Mais il arrive que dans un écrit, certaines ponctuations nous fassent défaut. Et si on reprenait ensemble les bases des signes de ponctuation ?
La ponctuation célèbre : le point final.
Parce que chez Atramentopia, on sort des sentiers battus, commençons par la fin – d’une phrase. Elle est toujours marquée par le point. Il y a très longtemps, ce point n’était pas sur la ligne comme on le marque aujourd’hui. En effet, le point final d’une phrase prenait place en hauteur, pour signifier au lecteur qu’il n’y avait plus rien à ajouter (°). Parmi ces fonctions, donc, on retrouve :
- L’achèvement de la phrase ;
- Le signalement d’une abréviation.
Exemples :
Madelaine achetait des oranges tous les jeudis matin.
Mr. Dupont doit recevoir des soins au plus vite.
La virgule, signe de ponctuation anachronique
La virgule est l’une des plus petites et discrètes ponctuations. Elle a causé bien des tracas au cours de l’histoire. Aussi appelée « Larme du compositeur » au temps de l’imprimerie au plomb, la virgule a eu de nombreux détracteurs. Il fallait du doigté pour la saisir et la placer sur la ligne. Petit signe, donc, mais grand pouvoir. En effet, la virgule a plusieurs fonctions dans la phrase :
- Indiquer une pause ;
- Permet de séparer des propositions semblables ;
- Coordonner l’énumération ;
- Marquer une emphase.
Exemples :
Le jour se lève, la poésie commence.
Il décida de vendre ses carnets, soit un bout de son âme.
Elle adorait plus que tout les mots, les livres et les histoires qu’ils racontaient.
L’écriture représentait plus qu’un moyen de communiquer, c’était une raison de vivre.
Le point-virgule ; l’inoubliable signe oublié
Le point-virgule, ou la chute de toute une époque. Jusqu’au Moyen-Âge, il possède la valeur du point que l’on connaît de nos jours. Désormais, les écrivains le délaissent, parfois trop intimidés pour en faire usage, ou bien partisans des trop nombreux détracteurs de cette ponctuation, le point-virgule est l’un des signes de ponctuation les moins présents dans nos écrits.
Pourtant, sa fonction est précise autant que précieuse. En effet, le point-virgule permet :
- Marquer une pause dans la phrase (plus longue que la virgule, moins définitive que le point) ;
- Nuancer la pensée ;
- Préciser une idée ;
- Une énumération (vous l’avez peut-être remarqué dans mes articles…).
Exemples :
Les arbres se retrouvaient dénudés de leurs feuilles ; l’hiver approchait.
Je n’ai jamais cru en Dieu ; il n’aurait jamais cru en moi.
Il n’aimait pas lacer ses souliers ; tout ce système de boucles et de nœuds lui demandait bien trop d’implication pour un si piètre résultat.
Tous les jours se jouait la même comédie ; il se levait tôt le matin pour regarder le temps passer ; se nourrir un peu ; et laisser le temps lui retourner son regard.
NB : derrière un point-virgule, il n’est pas utile ou nécessaire de placer une majuscule.
Le point d’interrogation : le signe de ponctuation intemporel ?
Qui pourrait l’ignorer encore ? À l’écrit tout autant qu’à l’oral, le point d’interrogation se faufile partout. Sa forme bouclée qui surplombe le point si sérieux permet d’interroger depuis de nombreux siècles. Cependant, il n’a pas toujours eu cette forme qu’on lui connaît de nos jours. Au Moyen-Âge, notamment, la boucle haute n’était pas et seul un volute incliné vers la droite prenait place au-dessus du point. Ce signe était appelé percontativus, littéralement « interrogatif » en latin.
Le point d’interrogation est un signe de ponctuation qui nous semble bien logique, et pourtant, il n’existe pas dans toutes les langues. En espagnol, il est certes présent, mais il se dédouble. Le premier a la tête à l’envers tandis que le second finit d’encadrer la phrase interrogative. Et en grec moderne… le point d’interrogation n’existe pas. L’interrogation est signifiée par le point-virgule, que nous peinons à utiliser en français…
La fonction du point d’interrogation dans la phrase est relativement claire et précise. Le point d’interrogation permet de :
- Poser une question ;
- Jouer la rhétorique ;
- Exprimer le doute.
Exemples :
Reprendrez-vous du poisson ?
Pensiez-vous qu’il en serait autrement ?
Il est mort à Bordeaux (?) en 1542.
Le point d’exclamation, ponctuation de passion !
Transcripteur officiel de nos émotions, le point d’exclamation est peut-être l’un des signes de ponctuation les plus appréciés – au passé comme au présent. Si les poètes les plus inspirés en parsemaient leurs vers, les adolescents de notre époque les utilisent tout autant dans leurs textos et autres courriels. Il est pourtant l’un des derniers-nés de la ponctuation, n’apparaissant qu’au XIVe siècle.
Et pour cause, il possède des fonctions multiples :
- Exprimer ses émotions (colère, enthousiasme… etc.) ;
- Marquer une interjection ;
- Souligne une envolée lyrique.
Exemples :
Comment oses-tu !
Eh bien ! le temps n’est jamais clément.
Si d’aventure, je me retrouve face à un ours, il vaudrait mieux que mes jambes ne soient pas paralysées !
Les points de suspension, ponctuation de mystère…
C’est au XVIIe siècle que les points de suspension font leur apparition parmi les signes de ponctuation. À l’époque, ce signe est appelé « point interrompu ». il n’y en avait alors pas trois, mais autant que l’auteur le souhaitait – parfois six ou sept. Ce signe est alors élagué et c’est au XXe siècle qu’il se réduit à trois petits points.
Certains auteurs ont en horreur ce signe qui paraît bien trop simple à utiliser, tandis que d’autres ne se privent pas de jouer avec dans leurs écrits. Et pour cause, les fonction des points de suspension sont très intéressantes :
- Représenter l’inachèvement ;
- Compléter d’autres signes de ponctuation pour un effet plus marqué ;
- Être synonyme de mystère ;
- Indiquer une coupure lorsqu’ils sont placés entre crochets ;
- Marquer une pause, une attente ou un effet de surprise.
Exemples :
Si j’avais su que… ou encore qu’il faudrait… enfin ; j’aurais fait différemment.
Vous dîtes… ?
Madame G… entra dans la salle sans prononcer un seul mot.
« Écrire […] c’est hurler sans bruit. »
(Marguerite DURAS)
À cet instant précis, tout le village sut… c’était la chute de Babylon.
En quelques mots…
Discrètement placée entre les mots, la ponctuation joue un rôle essentiel. Au cours des siècles, elle a été un casse-tête, au centre des débats, un motif de révolution (1905, Moscou, les imprimeurs veulent que les virgules soient payées) et a vécu de nombreux changements.
L’art de la ponctuation est tout aussi important que le maniement des mots. Ils se complètent, se confondent parfois, marchent fièrement côte-à-côte ; de quoi livrer bataille pour conserver ces signes indispensables à la lecture comme au discours.
La ponctuation vous semble-t-elle importante dans un écrit ?
Si la ponctuation n’est pas votre tasse de thé, que vous ne saisissez pas les usages précis ou que vous souhaitez simplement un regard neuf sur votre écrit, n’hésitez pas à me contacter.
Pour aller plus loin, vous pouvez aussi lire l’article : « Améliorer son écriture. »
La rédaction de cet article a été influencé par l’ouvrage : « L’art de la Ponctuation » d’O. Houdart et S. Prioul, éditions Points, 2016.
Une lecture passionnante qui soulève de nombreux points (ha-ha) concernant l’art de la ponctuation !

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