La vie est faite d’instants chocs. De choix et de doutes. Que vous soyez de nature impulsive ou réfléchie, il arrive toujours un moment où l’erreur se manifeste. Un petit écart dans une conduite irréprochable, un petit gravier sur le béton lisse de votre plan.
Dans l’écriture cela s’applique aussi. On a beau prêter l’attention la plus particulière, accorder la concentration de tout notre esprit, se dévouer corps et âme aux mots ; il arrive un moment où cela ne suffit pas.
L’idée de l’échec
Après les événements vécus en début d’année, j’ai pris le temps de m’interroger sur mon activité. J’adore toujours ce que je fais, mais toute la création de contenu à côté m’épuisait. Je n’étais pas à l’aise, ça ne fonctionnait pas comme je le souhaitais et j’avais en face de moi le reflet cuisant d’un échec insupportable.
J’ai travaillé cette idée de l’échec. Ce n’est pas une fin en soi, simplement la manifestation concrète que je n’ai pas pris le bon chemin. Il ne me restait qu’à revenir sur mes pas, observer de nouveau les fondations de ma petite entreprise pour comprendre à quel moment j’avais pu m’égarer.
Et puisque j’écris pour vivre – ou je ne vis que pour écrire ? – c’est tout naturellement qu’il m’est venu le parallèle entre les mots et ma vie. Un tantinet prétentieux, peut-être, mais logique à mon esprit en ébullition.
Effacer ses mots = échec ?
L’idée de l’échec est coriace. Certains la déconstruisent patiemment, d’autres l’évitent avec soin et d’autres encore la recherche car ils savent qu’elle fait avancer. Mais pour certaines personnes, l’échec est inenvisageable. J’étais de ceux-là dans mon travail, avant de lâcher du lest.
Dans l’écriture, cette notion d’échec n’est pas inexistante. Comme beaucoup le savent, les premiers jets ne sont qu’une pâle copie du rendu final. L’écriture est une maîtresse émérite. Il faut lui accorder du temps, de la patience et les bonnes idées seules ne suffisent que rarement.
Et malgré tout cela, il arrive que quelque chose manque.
Une phrase, un mot, une lettre qui enflammera la mèche et déclenchera le plus bel artifice de votre écriture.
Alors, à regret, le cœur lourd, on efface parfois ses mots écrits comme on voudrait effacer certains événements de la vie. Qu’ils ne se soient jamais produits, qu’ils n’aient jamais été posés sur le papier.
Car bien qu’ils puissent disparaître à l’aide d’une gomme ou d’une touche de clavier, la vie, elle, a une fâcheuse tendance à se composer de moments indélébiles. Pour le meilleur et le pire.
Réécrire n’est pas se renier
J’ai tendance à croire que le génie n’existe qu’en petite quantité. Le reste repose sur le travail. Réécrire un texte, un document, une pensée, une ligne de son livre… ce n’est pas quelque chose de mal. Même si ça me brise le cœur de le dire, tous les mots n’ont pas forcément leur place sur le papier.
Parce que ce qui compte au-delà des mots, c’est l’intention qui vous anime. Avez-vous la volonté d’aborder des thèmes sensibles dans votre prochain roman ? Souhaitez-vous libérer votre esprit de ce qui lui pèse ? Avez-vous le besoin impérial de rester informel dans votre lettre ?
Quelle que soit votre intention, ne la perdez pas des yeux. C’est elle qui vous permettra de trouver les mots – ou de les réécrire.
Tout effacer… pour mieux recommencer ?
Combien de fois est-ce arrivé de raturer le papier sous la contrariété de ne pas parvenir à exprimer ce que l’on voulait ? Et combien de fois ensuite un petit miracle a-t-il eu lieu ?
Personnellement, je sais qu’il suffit parfois d’un mot qui n’est pas à sa place pour que toute inspiration déserte. Dans ces cas-là, je n’ai pas le choix. Reprendre sur une nouvelle page ne trompe ni mon cerveau, ni mon cœur : je dois tout effacer pour mieux recommencer.
Et si c’est parfois effrayant, c’est souvent pour un nouvel écrit bien meilleur.
Et vous, comment vivez-vous le fait de devoir effacer certains écrits ou parties de ceux-ci ?

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