La correction est une dissection.
Le correcteur se munit d’un scalpel aiguisé, l’œil attentif devant le corps textuel qu’il découvre dans son cabinet. Il ouvre le document comme on ouvre un cadeau immortel : avec curiosité et respect. Chaque texte est unique, fragile, et recèle ses propres mystères.
Ses pincettes lui permettent de mieux examiner le texte. Contrairement aux organes, les mots palpitent encore d’une vie pleine, celle d’une plume que le sang gorge sans peine. Mais une vie précaire, suspendue à la justesse de ses interventions.
Première lecture autoptique : les phrases sont contemplées avec admiration alors que les rouages de la médecine-linguistique déjà s’amor(t)cent.
Bientôt, il faudra trancher.
La deuxième analyse s’incise avec une rigueur sans égal : chaque mot est éventré avec une attention royale. Le doute s’installe parfois dans son esprit : ai-je bien compris l’intention ? Ce mot que je corrige, que révèle-t-il ? Mais il avance, car sa mission exige endurance et finesse.
Texte dépouillé de ses lésions ante-scripturales, la dissection se poursuit avec l’arme impartiale.
Le correcteur embaume les mots du syntaxique, ampute les répétitions artérielles, extraie les erreurs des replis de la grammaire, découpe les barbarismes disgracieux et opère de sa lame métallique dans la chair écrite ; mais jamais il n’entaille l’âme de l’écrit.
Son travail est solitaire. Chaque correction porte le poids d’une responsabilité : celle de révéler sans dénaturer. Dans cette tension, il trouve sa véritable mission : élever le texte, toujours.
Légiste du bon sens, il recoud la forme du corps du texte et, dans le fond, veille à ce que jamais il ne s’infecte.
Ici, les manœuvres ne sont pas létales.
Dans ce curieux cabinet, la dissection est légale.
Dans ce curieux cabinet, la correction est vitale.
Je me suis amusée il y a quelques temps à écrire cela. Effectuer une correction sur un texte, de quelque nature qu’il soit, est un travail de chaque minute (et lettre). En tant que correctrice, je vérifie absolument tout, du moindre espacement à la plus petite virgule en passant, évidemment, par les mots. Comme un médecin légiste, l’examen d’un écrit me permet d’en révéler chaque détail.
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