Votre manuscrit brûlera les planches

Les rideaux sont fermés. Les fauteuils attendent encore les spectateurs. Les projecteurs reposent dans l’ombre et, sur la scène, des centaines de voix patientent en murmures. En prêtant l’oreille, l’on distingue le souffle épique de certaines d’entre elles, tandis que d’autres déroulent des drames intimes ou inventent des mondes entiers. Dans toutes leurs nuances, une ambition les rapproche : ces voix viennent chacune raconter leur histoire sur scène.

Vos manuscrits sont ces artistes en devenir.

Depuis 2019, j’ai accompagné des auteur-es comme bêta-lectrice professionnelle, puis correctrice éditoriale, avant de rejoindre un comité de lecture. En parallèle, j’ai arpenté les profondeurs de la narratologie (science du récit) pour toujours aider au mieux les auteur-es. Au fil des années, j’ai travaillé sur des centaines de manuscrits, à différentes étapes de leur travail. Et à chaque fois, ces manuscrit m’ont révélé des secrets.

Prenez place sur l’un de ces fauteuils confortables. Vous allez assister à toute l’audition et n’en manquer aucune miette. Pour tous les auteurs stricts, exigeants, passionnés, irréguliers, ambitieux, ou curieux : le spectacle sera prévu à la fin de cet article.

Le premier enseignement des manuscrits : rééquilibrer la mise en scène

Si vous plissez les yeux, vous pouvez voir le rideau encore tiré sur scène bouger légèrement. Quelque chose se trame derrière les tissus de velours épais. Pour écrire une histoire, il vous faut une intrigue.

La peur la plus fréquente chez les auteur-ices qui font appel à mes accompagnements concerne l’intrigue. Beaucoup d’entre vous arrivent avec l’impression que leur histoire manque de solidité, comme si toute la pièce risquait de s’effondrer une fois le rideau levé.

Pourtant, lorsqu’un roman a été porté jusqu’à sa dernière page, cela implique qu’il y a déjà une architecture solide (cela ne signifie pas qu’elle évite tout travail à la réécriture…).

Terminer un manuscrit demande une intention, une progression, une succession d’événements qui emmènent le lecteur au dénouement. Même lorsque la structure narrative demande encore du travail, une impulsion dramatique a, en principe, déjà trouvé sa place.

Les réglages se situent plutôt dans les coulisses, au niveau des cordages suspendus :

  • Est-ce que votre voix narrative est efficace et adaptée ?
  • Comment gérez-vous la focalisation ?
  • Quel rythme avez-vous accordé à vos révélations ?
  • Quels sont les enjeux et quelles conséquences y sont associées ?

Tous ces points relèvent de la mise en scène de l’histoire, non de sa légitimité ou son existence.

C’est d’ailleurs à cet endroit qu’intervient mon regard professionnel. Tous vos manuscrits possèdent une identité. Mon rôle en tant que relectrice et accompagnatrice professionnelle consiste à observer les mécanismes narratifs qui le composent pou en révéler ses forces et identifier les endroits où quelques ajustements peuvent lui permettre de déployer toute son ampleur (et la vôtre en tant qu’auteur-e, également).

De cette façon, votre manuscrit peut occuper toute la scène et éblouir le jury éditorial et intransigeant qui vous fait face.

Quand la voix de l’auteur quitte progressivement les projecteurs

Une fois que vous avez l’histoire, il ne reste plus qu’à la raconter. Facile à dire.

La première chose à savoir est que la frontière entre l’auteur-e et la narration est parfois très fine. Dans mes accompagnements Luxen, je vois parfois le moment précis où l’auteur-e quitte un peu son histoire. Plus important encore, si je le ressens, les futurs lecteurs le sentiront aussi (même s’ils ne peuvent le nommer).

C’est d’ailleurs une cause d’abandon de lecture, puisque cela avorte l’implication du lecteur au sein de votre manuscrit.

Il y a quelques années, j’ai notamment collaboré sur un projet de ce genre (accord de l’auteure qui souhaite demeurer anonyme).

Ce manuscrit m’a marquée car, dès les premières pages, le choix narratif a attrapé mon attention. Une narration omnisciente et maîtrisée jusqu’au moindre détail. Je l’ai lue en étant à la fois pleinement immergée dans le récit et détentrice de clefs de savoir que ses persos n’avaient pas encore. Tout fonctionnait avec une fluidité qui rendait le tout palpitant.

Et au fil des chapitres, la lumière a est devenue plus opaque et il était difficile de savoir ce qui se jouait sur scène.

La narration omnisciente s’est progressivement rapprochée d’une focalisation externe. Involontairement, l’auteure nous éloignait, nous, lecteurs, de son récit. La voix qui guidait initialement le lecteur avait reculé derrière le décor ; ou avait été avalée par celui-ci.

L’auteure n’était plus là.

Cette situation apparaît souvent ponctuellement dans certains manuscrits que j’analyse : l‘auteur-e perd sa voix. Sur un long manuscrit, l’auteur-e peut parfois perdre le fil de sa propre intention narrative. À force de vivre avec ses personnages, de connaître chaque détail de son univers, il devient difficile de percevoir la façon dont le lecteur découvre progressivement votre récit.

Lors de notre collaboration, l’enjeu a donc consisté à retrouver cette position d’auteure, à réinstaller cette voix omnisciente qui donnait au récit sa singularité et sa puissance. Ici, le manuscrit avait besoin que son auteure reprenne les ficelles et soit de nouveau maîtresse de l’histoire.

Ce qu’il faut en retenir, c’est de toujours conserver votre place au sein de votre histoire, quelle qu’elle soit. La narration est une chose, mais vous, auteur-es, existez aussi au sein de vos écrits. C’est pourquoi ce point est pris en compte dans l’analyse de manuscrit ; votre plume se voit révéler ses forces, ses élans, pour que vous preniez confiance et jamais ne vous oubliiez.

Le deuxième enseignement des manuscrits : l’audace possède son théâtre privé

Lire beaucoup de manuscrits offre une autre expérience précieuse : celle de la surprise.

Il existe des textes qui arrivent sur scène avec un décor si inattendu qu’ils obligent immédiatement le lecteur à revoir ses attentes. Ils prennent des chemins moins balisés, mélangent des influences éloignées, proposent une voix qui ne ressemble pas à ce que l’on connaît.

Ce sont souvent les manuscrits qui demandent le plus d’attention.

Et pour cause, une idée singulière implique une prise de risque qui peut aussi bien propulser votre manuscrit que le fragiliser.

Par exemple, ce fut le cas avec un roman de science-fiction particulièrement audacieux qui m’a été soumis pour une analyse Luxen (analyse + synthèse avec outils narratifs).

Sur le papier, le projet avait de quoi intriguer : une dystopie portée par une approche très personnelle du genre, avec un univers dense et des choix narratifs ambitieux. Ce type de proposition demande une grande maîtrise, car chaque élément doit trouver sa juste place, respecter les codes du genre tout en parvenant à innover ; un vrai jeu d’équilibriste. Le spacebuilding, les règles de l’univers, les enjeux politiques ou philosophiques, la trajectoire des personnages : chaque pièce du décor doit servir l’histoire et posséder une fonction.

Puis j’en ai commencé la lecture. Tout fonctionnait et l’auteur a su faire confiance à son lecteur. C’est une qualité rare.

L’audace de ces idées innovantes était une promesse tenue car l’auteur a su jouer avec les codes du genre qui donnaient des repères aux lecteurs tout en livrant des nouveautés rafraîchissantes et des arcs narratifs marquants.

De cela, il ne faut retenir que la chose suivante : n’ayez pas peur de sortir des lignes tracées par des étiquettes, des tropes, des schémas narratifs vus et abusés. De tous temps, la littérature a su se réinventer et se transcender elle-même. Ne vous fiez qu’aux mots qui s’ajustent à votre intention d’écriture ; votre livre brûlera les planches.

Ce que les refus de manuscrits révèlent réellement

Le comité de lecture m’apporte une perspective encore différente. Depuis les coulisses, j’ai eu la confirmation d’un tout autre aspect du parcours éditorial : chaque théâtre possède sa programmation, son identité, ses attentes.

Un artiste exceptionnel peut proposer une prestation remarquable et pourtant ne pas rejoindre une pièce précise ; car la rencontre dépend du rôle que les jurys recherchent. Il en va de même pour les maisons d’édition. Chacune a des attentes précises et toutes les visions artistiques ne se comprennent pas.

Certains textes portent une promesse immense mais demandent encore quelques répétitions avant d’être prêts. Certains manuscrits possèdent une écriture remarquable mais correspondent davantage à une autre ligne éditoriale. D’autres arrivent avec une proposition forte qui trouvera son public après quelques ajustements (ce qu’on appelle le travail éditorial).

Les refus de manuscrits sont fréquents lorsque vous entamez vos recherches mais il ne veulent pas dire que votre manuscrit ne vaut rien ou doit être réécrit. Cette réalité est particulièrement importante lorsque j’accompagne des auteur-es dans leurs démarches avec Signara. Présenter un manuscrit aux bonnes maisons d’édition, préparer un synopsis clair, construire un résumé qui révèle la véritable promesse du roman, rédiger un mail de soumission professionnel : chaque élément participe à faire bonne impression et mettre toutes les chances du côté de votre manuscrit.

Car avant même que le rideau se lève, il faut que le théâtre comprenne quelle pièce il est venu voir.

Les coulisses d’un accompagnement sur votre manuscrit

Au fil des années, ma façon de lire les manuscrits a construit une conviction simple : chaque texte mérite un regard adapté à lui et son auteur-e. J’ai donc déployé plusieurs offres pour m’adapter au mieux à vos besoins, vos demandes, et les besoins de votre roman.

Certains auteurs ont besoin d’un diagnostic global et d’un retour de trente pages.

D’autres souhaitent une analyse au cœur du texte, pour appliquer directement les outils narratifs que je fournis sur-mesure.

Certains cherchent des outils pour poursuivre leur travail en autonomie. Pour cette étape, j’ai créé deux fascicules d’accompagnement à prix minime. L’un vous guide dans la réécriture de votre manuscrit et l’autre vous aide à préparer votre dossier de soumission avant de l’adresser aux maisons d’édition.

Enfin, les entretiens d’écriture viendront prochainement ouvrir un nouvel espace d’échange : un temps dédié pour parler du projet, explorer ses enjeux et accompagner l’auteur dans ses réflexions créatives. Il vous sera possible de réserver des sessions d’une heure à petit prix afin de surmonter un blocage ou une problématique ponctuels dans votre manuscrit.

Un manuscrit se construit dans les conversations, les questionnements et les prises de conscience qui permettent à une histoire de trouver sa forme.

Un manuscrit est une scène en devenir

Une voix cherche à se faire entendre.

Un univers cherche son équilibre.

Des personnages attendent le rôle parfait.

Accompagner un auteur implique d’entrer dans cette zone avec respect. Car derrière chaque page se trouve un être humain qui a offert du temps, de l’énergie et une part intime de son imaginaire.

Chaque texte mérite donc une lecture à la hauteur de ce qu’il porte. Si votre manuscrit attend encore son entrée en scène, je serai heureuse de découvrir son univers, d’écouter sa voix et de vous accompagner dans les prochaines répétitions.

Le rideau bouge encore et le public s’impatiente… mais la pièce ne débutera que lorsque vous le déciderez. Prêt-es ?


Commentaires

Laisser un commentaire