Il y avait quelque chose à écrire… Quelque chose d’important.
Je voulais vous parler d’écriture, mais je me sens déjà partir vers autre chose. Le sujet clignote dans mon esprit, il est si lumineux, tout rouge et pressé. Dès lors que les mots glissent au bout des doigts, je sais que c’est foutu.
Allez, je me concentre, on reprend. Je me suis assise pour écrire un article, un vrai, bien structuré, tout propre. Un article qui rendrait bien sur mon site, pro, instructif… Et puis non. Le premier mot est arrivé de travers. Le deuxième a buté. Le troisième m’a entraîné ailleurs. J’ai bien pensé à faire demi-tour, mais je suis quand même un peu curieuse de l’endroit où les mots me mènent. Ça clignote rouge dans le rétroviseur mais je n’ai pas envie de faire demi-tour.
C’était idiot de penser pouvoir conduire un texte.
Ce sont les mots les vrais conducteurs.
Et le pire, c’est que parfois, on tombe pile là où il faut.
Chère page blanche, ne fais pas la maligne. Tu veux du vide, moi j’ai du trop-plein. Des mots pas polis, des phrases à moitié cassées, des éclats d’idées qui mordent le rebord de mon crâne et qui clignotent en bleu.
Tu ne fais jamais le poids face à mes mots.
Même si rien n’est propre pour le moment et que rien n’est prêt pour être lu par le monde, je dois y aller. Le bout de ce chemin bleu m’intrigue. Misère, rien n’est montrable en l’état !
Alors qui s’en préoccupe ? L’écriture tient ensemble ce qui veut se barrer. Idée rouge, chemin bleu. Vous êtes toujours là ?
(Note pour plus tard : se jeter dans les mots.)
Je suis convaincue que si le sens était humain, il souffrirait d’un retard chronique et d’une cravate de travers. Le sens traîne, il roupille allègrement pendant qu’on écrit. Il se pointe en retard, ou parfois jamais. Heureusement, le sens et l’intention sont deux choses bien distinctes, sinon, autant arrêter tout de suite d’écrire. Ou continuer ?
Écrire tant qu’on est en vie.
Idée rouge, chemin bleu. Quelque chose a envahi l’horizon alors que la fin approche. Vous voyez cette étincelle violette ? Elle vibre sur la ligne du bout du monde, juste devant vos yeux. Non, vraiment rien ?
J’ai presque envie de m’excuser pour cet article qui paraît si décousu. Ce texte tient à peine debout, mais il y a plus derrière chaque mot. Un ding qui sonne juste, un rythme qui s’impose. Un mot qui est tombé pile où il devait être. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué mais… oh, regardez.
Le néon rouge se remet à clignoter alors qu’on atteint le bout du chemin bleu.
(Note pour plus tard : ne pas attendre que ce soit prêt. Y aller coûte que coûte.)
Écrire c’est parfois moche – tant mieux.
Écrire c’est parfois fort – tant mieux.
Ne rien écrire – tant mieux aussi. Ça reviendra.
Ne soyez pas polis avec le langage. Prenez-le par le col. Faites-lui dire ce qu’il n’ose pas. Ce à quoi il ne pense même pas. Laissez des fautes, des hoquets, des bégaiements. C’est ici qu’il y a de la vie.
Écrivez.
Même mal. Même à côté. Même flou.
C’est en écrivant qu’on écrit.
L’étincelle violette, elle brille plus fort maintenant. Vous ne pouvez pas la manquer. Elle explose, ça y est, ça saute partout ! Petit éclair hors de son propre cadre. Ça pourrait être un début de phrase, une réponse à une question jamais posée. Ça pourrait être rien, ou tout. Un saut quantique dans ma tête. Un bruit bizarre, un coup de vent dans la gorge. Vous ne le sentez pas ?
C’est là, sur le fil, au bord de l’imaginaire.
Et il fallait en passer par là pour que le néon rouge clignote encore plus fort. Ça y est, je sais ce que je voulais dire.
« Un ouvrage meurt d’être achevé. »
(Paul Valéry).
Vous voyez ? Ce n’est pas du désordre.
C’était le chemin.

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